MOTO HEROES

Avec le physique qu’il a, on pourrait facilement le croire acteur, le voir tourner dans des films noirs, pas forcément du côté des gentils. Quoique, il suffit d’échanger avec lui quelques mots pour que son phrasé et sa voix de basse vous rassure. Francis a une vie faite de mille voyages et aventures dans le monde…de la moto. Si depuis quinze ans il est de retour dans son Poitou d’origine, c’est après bien des contours et détours sur la planète. L’histoire commence il y a un peu plus de cinquante ans. Il suit l’école tant bien que mal et devient apprenti mécanicien moto à quatorze ans dans une concession Honda. Son CAP en poche, il s’engage dans la vie professionnelle : « J’ai fait jusqu’à mes 25 ans le travail de mécanicien dans différentes marques de la région. Parallèlement à mon métier, je pratiquais beaucoup l’enduro en ligue principalement. J’entends parler du rallye d’Algérie organisé par Jean-Claude Bertrand et je m’engage. Avec une Suz DR toute neuve qu’on me prête, à peine préparée pour la circonstance, ça a été le choc ! J’ai ouvert les yeux, compris qu’il y avait un ailleurs. J’ai tout fait pour me faire engager sur des véhicules de rallye dans des équipes. A cette époque je travaillais pour le petit team de Jean-Claude Briavoine. On n’avait pas d’énormes moyens mais on ne déméritait pas. Et puis c’était un peu l’aventure avec ces buggys ou les Lada plus tard. 

Cela m’a apporté une connaissance des hommes très profonde. De fil en aiguille, j’ai été engagé avec le team sur le Dakar en 93/94. Un peu en même temps, grâce à Jean-Claude Bonnet dit Snoopy, je rencontre Yves Kerlo et je travaille pour sa structure en GP. Bon,  je montais des pneus, c’était pas le Pérou mais j’ai fait deux saisons. Je me revois encore à Eastern Creek lors du premier GP de ma vie. C’était  hallucinant. Malgré cela, comme je ne pouvais pas vraiment évoluer vers un team comme mécano, je ne suis pas resté ». A cet âge-là Francis ne devait pas être aussi calme qu’il semble l’être aujourd’hui. Il semble posséder un caractère bien forgé, qui lui a permis de continuer son chemin dans les ateliers et les usines de pointe. Il raconte : « A la suite des GP, avec David Castera, j’ai préparé et construit la 650 GS qui lui a permis de faire 1er proto et 11ème au scratch sur le Dakar 95/96. Didier Langoët, avec qui j’avais de bonnes relations sur les circuits, me conseille de rejoindre l’équipe d’Eskil Suter qui roulait sur des ROC construites par Serge Rosset, avec un moteur suisse. Je n’ai pas hésité. La mise au point, c’était le rêve. Le bloc était un gros V4 2 temps conçu par Urs Wenger (NdR : le motoriste fondateur de Swissauto). Une période superbe avec beaucoup de voyages entre Annemasse et la Suisse…

…Techniquement j’ai grandi d’un coup ! C’est sans doute ce qui m’a permis de rejoindre ensuite Hervé Poncharal et Guy Coulon chez Tech 3. Je connaissais Guy de ses saisons chez Honda avec la NXR sur les rallyes. Je suis parti chez eux pour trois années de bonheur et de mise en application de techniques et de technologies fabuleuses. Je me suis occupé de Mathieu Lagrive, William Coste, Julien Allemand, des espoirs en 250 GP , et la dernière année je m’occupais de Shinya Nakano.

L’ambiance était très sympa, une vraie famille. Mais là encore, j’ai voulu reprendre une certaine liberté. J’en avais un peu assez d’être sans cesse en voyage, pas vraiment chez moi. J’ai eu besoin de me poser. La quarantaine approchait, il fallait que je fasse des choix ». Le choix de rentrer en Poitou, à trente minutes de La Rochelle, pas loin de Ré ou d’Oléron, au vent du large. On ne vit bien que dans l’ouest de la France soutiennent certains. Il faut les croire. De plus, la région est propice à la pratique et de nombreux motards sillonnent les routes de bord de mer ou des marais environnants.  Francis va donc après quelques mois de réflexion se lancer dans une branche qui, à priori, ne lui ressemblait guère. Il explique : «En fait, pas très loin de chez moi, il y avait un ancien qui faisait des Harley-Davidson sans être concessionnaire officiel. Un gris comme on dit. Je lui donnais des coups de main. Les H-D et la moto-culture j’y connaissais pas grand chose. Mais j’ai vite appris à ses côtés. Le gars voulait partir à la retraite et il me propose de me recommander auprès de sa clientèle. Je me suis installé comme artisan mécanicien. C’était il y a quinze ans.» 

  Le ton sur lequel Francis dit ces derniers mots voile à peine une sorte de lassitude, dont il convient d’ailleurs :  « En fait, je travaille sur ces motos qui ne correspondent pas forcément à mon état d’esprit, voire à ma formation en compétition. Mais ce sont des machines attachantes. Certes j’en ai tant et tant remonté des Shovel, Pan et autres Evo ou plus anciens encore qu’ils ne m’étonnent plus comme au début. Mais ce sont des motos que les propriétaires transforment, améliorent, modifient. Donc il y a un boulot intéressant à faire dessus. ». Francis possède un cheptel très intéressant de motos personnelles avec ce qu’il faut de personnalité dans leurs mises pour déjà définir un style. Il nous dit : « Moi, j’aime les motos fines et légères, les moteurs qui envoient et les parties cycles qui sont en rapport. Ma Buell S1, la seule moto neuve que j’ai achetée dans ma vie en 97, est un peu préparée. Mais j’aime aussi ma  Le Mans avec un moteur bien revu. C’est une super moto avec un cadre étonnant. J’ai ma Ducati Darmah de 88 à qui j’ai offert une petite recette maison et une Suzuki T 500 coursifiée. C’est Guy Coulon qui me l’a donnée. Elle était très incomplète, pas en très bon état. On ne pouvait pas la restaurer à l’origine. Moi, elle me va bien. Sinon côté Harley, j’ai un FXRS monté à ma sauce et j’ai préparé un chopper, pour me marrer et faire comme tout le monde (rires).

Il y a ma Commando Norton aussi. Je l’adore.

En fait, je me suis construit ces motos en fonction de choix particuliers de moteurs et d’opportunités de passage. La Honda quatre-pattes de labour avec laquelle je vais me promener dans la boue est en réalité complètement refaite à neuf, et volontairement rendue anonyme et un peu crade par cette peinture vert foncé. J’aime bien ce genre de paradoxe. En plus et pour être honnête, les 750 Honda restaurées plus belles qu’à leur époque de sortie, ça me gonfle. Bref, celle-ci, c’est pour aller aux champignons ou chercher le pain… « 

Nous revenons sur les projets évoqués un peu plus tôt et essayons d’en savoir plus. Francis sans trop vouloir dévoiler ses plans, nous dit :  » En fait, j’ai remarqué que les clients ou des jeunes mecs qui passent à l’atelier trouvent mes recherches sur mes motos personnelles sympas. Je sais tout faire aussi bien sur le métal que la résine ou d’autres matériaux. Cela me permet d’être très autonome et de pouvoir faire rapidement ce que j’ai envisagé. Donc faire plus de préparations que de réparations serait une bonne option. J’ai une bonne clientèle assez fidèle, que je veux garder. Ils viennent de la région pour la plupart mais dans le cadre de restaurations par exemple, je reçois des motos d’un peu partout en France. « 

Un dernier tour dans l’atelier…Vous pouvez vous arrêter chez Garnier Motorcycles et faire connaissance de ce gentil sorcier. Un conseil à suivre impérativement.