MJ spécial GP 97. Portrait de Francis, jusqu’en 1996.

Laurent Cochet en 1997 dresse un beau et complet portrait de Francis, qui va être enrichi de photos personnelles et de commentaires de Francis. Bonne lecture !

Personnage un peu à part, toujours en vadrouille. Francis est mécanicien en Grand Prix.
Olivier Jacque, qui est pourtant lui aussi toujours en vadrouille l’appelle gentiment « la bohème ».

Francis Garnier, 35 ans, mécanicien en Grand Prix sur la Honda 250 RS de William Costes.

D’un caractère effacé et pourtant quelque peu allumé, ce Niortais aurait pu aussi bien devenir comédien, photographe, sculpteur sur métal ou même saltimbanque. Un peu comme tous ces gens qui l’entourent là-bas, dans sa vieille usine pourrie, comme il dit. Au cœur du Marais Poitevin, à St Liguaire, en bordure de la Sèvre Niortaise, sur les 300 m2 de cette ancienne chamoiserie qu’il loue 2000 F par mois, dans cet endroit qu’il regrette de voir se couvrir de poussière chaque fois qu’il s’en va, Francis a imprimé le fil de sa vie désordonnée.


Ici, c’étaient les bacs où on lavait des peaux pour ensuite fabriquer des gants. Ça s’est arrêté il y a 20 ans et c’est vite devenu le dépotoir de l’usine. Les petits papys du village venaient souvent y jouer aux boules.
Et puis maintenant, il y a moi et tout mon bordel.»
Ici, une 800 DR du Dakar rachetée 2000 F avec des papiers provenant de Chine. Là, sa Ducati 900 Darmah un peu spéciale, sa Guzzi personnalisée qu’il adore, une trottinette à moteur de Honda MTX…

… des vieilles BMW, une quatre-pattes en cours de modification et sa Buell qu’il a achetée récemment à crédit. Et puis des posters partout. Des posters en provenance du monde entier, de tous ces pays souvent trop vite traversés par la caravane du Continental Circus. Autant de témoins qui guident sa vie et son parcours. «La moto et la découverte.» Plutôt timide. («Je n’aurais jamais imaginé que Moto Journal fasse un jour un reportage sur moi, tout comme je n’ai jamais imaginé que ma vie puisse vous intéresser.») Francis nous raconte son parcours alambiqué.   Dans la marmite des rallyes-raids

Né le 5 septembre 1962 à Niort, il contracte rapidement le virus de la moto. « Quand j’étais môme, je me fabriquais des casques intégraux avec des barils de lessive. » C’est ainsi qu’il entreprend à 14 ans un CAP cycle et motocycle. En même temps qu’il bosse dans une concession moto (Honda, Aujard à Chauray), Francis en vient rapidement à bricoler les motos des potes. Plus par goût et par passion que pour l’argent. 

Mais c’est en 1987 que se produit le véritable déclic. Il réunit tout son argent de poche et s’inscrit au rallye d’Algérie avec sa 600 DR d’origine et le perfecto noir dont il ne se sépare jamais. Grâce à ses talents de bricoleur, la mécanique saura lui pardonner quelques tonneaux et surtout l’emmener au terme de ces 4500kms en sept jours.

      

Un périple de fou qui l’aura aidé à comprendre une chose essentielle : il ne veut plus réparer la moto des autres dans une concession. 

Et ça tombe plutôt bien, puisque presque aussitôt et par hasard, Francis tombe dans la marmite des rallyes-raids. Baja, Atlas, Tunisie et surtout six Dakar : tout un pan de sa vie. Pas chez Citroën ou Yam Motor France. Non, comme il aime, chez des privés aux petits moyens. Une aventure qu’il vit à 100%, de la construction des véhicules jusqu’à l’assistance sur place en tant que mécano avion. Sur les protos 4X4 de Jean Claude Briavoine dont il fait les châssis à Niort. Puis sur les buggys de Metz et Arnoux qu’il a construits à Orléans. 

«La nuit je dormais dans une usine qui mettait en boîte des petits pois 24 heures sur 24. Je squattais une sorte de réfectoire et je devais me barrer avant 7 H du matin.»

                                                                            

      

Sur les Lada Samara des Russes : «Une ambiance incroyable.»
Son goût pour la passion et la découverte sont respectés. En revanche la galère commence à lui peser. «Je n’ai jamais fait ça pour l’argent. Mon premier Dakar m’a rapporté 2500 F, le troisième, je suis rentré en stop sans une thune. Mais chaque année, c’est la même chose. L’incertitude, l’argent au black, ne pas savoir ce que tu vas faire le lendemain.»

Alors quand Yves Kerlo (le boss de la structure bien connue Reflex qui fait aujourd’hui courir Sébastien Charpentier) lui propose en 94 de faire une année de Grand Prix en tant que monteur de pneus chez Michelin, il accepte. « De toute façon, c’était la seule issue que j’avais. Je préférais vivre ça plutôt que retourner en concession. Reflex, c’est mon premier contrat, ma première sécurité sociale. » 

            

Buenos Aires, Rio…, les GP c’est l’occasion de découvrir d’autres continents que l’Afrique.

Seulement voilà, monter des pneus (500 par week-end) est bien loin de l’excitation qu’il a connue jusque là.
En deux ans, il a fait le tour. Du travail mais aussi des paddocks…

Aussi quand à la fin de la saison 95, Jean Castera (père de David), rencontré lors des épreuves africaines et connaissant les aptitudes  de Francis, lui propose de « construire » un prototype de moto pour David : moteur 650 mono Bmw, cadre KTM préparé pour s’adapter au moteur…Francis n’hésite pas une seconde !

Superbement préparée, la BMW F 650 fait sa première apparition au Dakar, entre les mains expertes de David Castera.

David Castera, qui a terminé 8ème du Dakar 94 avec un flat BMW et qui s’est blessé l’an dernier au guidon d’une Yamaha officielle, dispute l’édition 96 avec une BMW F 650. C’est la première fois que le mono allemand prend le départ de cette course : « Nous avons beaucoup travaillé sur le cadre afin d’obtenir une rigidité maximum, un poids raisonnable, une bonne stabilité mais aussi pour permettre d’adapter des suspensions WP offrant un débattement suffisant ». L’habillage a été confié à des éléments Acerbis (avec 36 litres de carburant). David bénéficiera de l’assistance du team Challenge 95.

Beau « prototype » qui se révèlera très efficace sur les pistes africaines.

   

L’entreprise fut une réussite, BMW en retira une certaine gloire.

Version Francis : « On a assemblé un moteur de BMW F 650 dans un châssis de KTM 600 LC4 et on a fait le Dakar sans aucune pièce. Juste une caisse à outils et une belle première place dans la catégorie des machines expérimentales.»

Fin de la période « Afrique » pour Francis.