L’atelier de Niort. Option Moto N° 63.

La Honda Scrambler présentée dans nos pages a pourri 15 ans dans le Marais Poitevin avant que Francis ne tombe dessus.

« J’aime les bidouilles, les choses non conformistes qui obligent à se creuser la tête et à faire avec pas grand chose. »

A une époque où le fric mène (malmène) le Monde, passer une journée en compagnie de Francis Garnier est une véritable aubaine, que dis-je, un bonheur indescriptible. « Chez Francis », c’est un petit coin de paradis du côté de Niort, dans une ancienne tannerie, reprise en mains par des gens du spectacle, des artistes, sculpteurs, musicos ou danseuses. Un endroit au bord de l’eau qui a une âme et où seuls le talent et la convivialité ont droit de cité.  

                                               

On n’y vient pas par hasard, mais sur les recommandations d’un ami, un initié qui aura convaincu l’ami Francis de se pencher sur sa bécane. Le genre d’endroit que l’on voudrait garder pour soi, pour ne pas oublier ce que la moto peut procurer de meilleur lorsqu’elle est vécue avec désintéressement, par pure passion, par envie de partager.
Francis Garnier se situe aux antipodes d’un concessionnaire coincé entre l’importateur, les clients et le banquier.

                                       

« Je ne travaille jamais sur une moto si je n’ai pas auparavant établi un contact avec son propriétaire. De la qualité de cette relation humaine dépendra mon investissement sur la machine. »
C’est dit, Francis n’est pas là pour écouler de la pièce à tour de bras et faire péter un chiffre d’affaire. Ce qu’il vend est ce qu’il y a de plus naturel chez un mécanicien et pourtant de plus en plus rare aujourd’hui : sa main d’œuvre. Pas de celle qui se contente vite fait mal fait de dévisser et visser (trop fort), mais de celle qui, dans le prolongement de l’intelligence et de l’imagination, est capable alors de faire des miracles avec trois francs six sous (désolé, mais en euros, je ne connais pas d’expression aussi parlante).

                                                                        

A 1 euro le mètre carré, le local non chauffé dans lequel évolue Francis ne l’oblige à aucune rentabilité. Débarrassé de toute pression financière, il travaille par plaisir, animé d’une incroyable passion pour la mécanique. Une sorte d’abbé Pierre de la bécane. J’exagère, mais à peine. Dans son atelier traîne un moteur de Kawa 6 cylindres trouvé par des cantonniers au bord de la route. Il attend désormais je ne sais quoi, coiffé d’un réservoir de cyclo sport. Francis a même été jusqu’à ramener du Japon dans ses bagages, une Honda 125 RS (compé-client) démontée (!) laissée pour morte sur un terrain vague du côté de Tokyo. Elle trône maintenant dans son salon aux côtés d’une incroyable bitza (une Suzuki T 500 avec train avant de 350 RDLC, flasque de frein de 450 Honda, té de fourche de 750 Daytona avec écrou titane, etc). Au Japon, Francis n’y est pas allé pour faire du tourisme. Deux ans durant, il a monté des pneus chez Michelin (plus de 500 par week-end !) en Grand Prix avant de vivre 4 saisons comme mécanicien, en 500 chez Roc (à l’époque du moteur Swissauto et de Juan Borja) puis chez Tech 3 (Honda 250 RS avec Costes et une saison avec Nakano sur la Yam 250). Ce curriculum vitae explique la facilité avec laquelle notre homme se dépatouille de tous les bricolages.

« Ce que j’ai vécu était fabuleux. Ce fut l’aboutissement d’un rêve que de côtoyer Guy Coulon, Bernard Martignac et Hervé Poncharal. Ce sont trois années qui m’ont marqué et je suis parti pendant que c’était bien. » avoue Francis qui ne voulait pas tomber dans la routine, toute fantastique fut-elle.

Aujourd’hui dans son grand local, il fait le point.

« J’ai commencé arpète à 14 ans jusqu’au moment où j’ai été remarqué pour travailler sur les protos du Dakar de Jean-Claude Briavoine. Après les buggies, j’ai fait un Dakar pour Castera (BMW F 650) avant d’enchaîner avec les GP. J’aimerais bien mettre de l’argent de côté et faire un long voyage. Mais le temps passe et je suis toujours là… Je n’ai pas de regret, je suis tellement bien à Niort. J’ai retrouvé les copains, je fais ce qui me plait, j’ai le temps de rouler avec mes bécanes, dans les chemins avec la Barigo et sur la route avec les autres…

Il y a cependant un truc qui ma taquine depuis longtemps, ce serait de me faire un low rider Harley avec un gros bloc genre 1800, voire plus, à la limite du drag, mais street-legal, tu vois ? »

Bien sûr qu’on le voit d’ici, ton custom street-legal façon drag… Si au quotidien, Francis bricole avec une même détermination sur tout ce qui roule, il rêve de poser les doigts, avec une infinie précaution, trop respectueux de leur valeur historique, sur une Norton Manx ou une Egli Vincent.

« J’aime restaurer les motos de course. Elles sont intéressantes car elles représentent ce qu’il y a de plus pur. Tout est sacrifié sur l’autel de la performance. »

Cet article lu, vous vous demanderez sans doute comment séduire pareil oiseau et le convaincre de vous livrer la moto de vos rêves ? Demandez-lui des trucs impossibles (loger un moteur 4 cylindres dans un vieux scoot, construire une réplique de la Honda 6 cylindres d’Hailwood sur base 450 Honda, ou plus modestement créer une machine autour d’un moteur ou vous livrer clés en mains un café-racer d’enfer ! Mais demandez-le lui gentiment, en prenant le temps de tailler le bout de gras. Laissez-le faire à son rythme, à sa manière, en toute confiance. Car chez Francis on acquiert bien plus qu’une simple moto…