KAWASAKI W650 Club Gentleman

Ex-baroudeur des 90’s, Francis Garnier a appris sur le tas toutes les facettes de la mécanique, la débrouille sur les Dakar comme la précision sur les Grands Prix. Puis, retiré des circuits, il s’est reconverti dans le twin américain, gris dans le Marais Poitevin : « A 40 ans, je suis enfin capable de comprendre la Harley », nous disait-il lors de notre première rencontre. Quinze ans plus tard, son atelier de Damvix confirme que sa nouvelle voie était la bonne : Panhead, Shovelhead, Evo, Francis travaille sur tous les blocs classiques américains, pour une préparation, une restauration, voire une simple mise en route. Le taf ne manque pas. Mais si Francis est sédentaire, son esprit voyage encore, fort d’une culture moto aussi vraie que riche. Pour cela, le plaisir est immense de revenir régulièrement dans l’ancienne laiterie de Damvix reconvertie en merveilleux atelier. Francis a toujours sur le feu un projet plus subtil qu’un Big Twin sur-alésé.

Un projet autour d’une italienne, d’une anglaise. Ou d’une japonaise, Kawasaki W650 par exemple : « Une machine bien pensée comme ces japonaises des années 80, faites pour rouler comme pour durer. » Francis en avait déjà modifié deux, en scrambler et en tracker, quand son téléphone sonne il y a tout juste un an ; ainsi naquit le projet Katon : « Un client voulait mettre un moteur Kawa dans un cadre Norton, et c’est parti comme ça, en deux coups de téléphone et une paire d’emails. L’homme a une bonne culture moto, son projet n’était pas déconnant. »

KATON

Une W de 2000, en 650 mais avec un kick, 19 000 kms au kms au compteur débarqua donc à Damvix. Dans ces brefs échanges apparut l’idée du Clubman, une machine de gentleman : « Le clubman, c’est les prémices du café-racer. Une moto fine, légère, un peu sportive par rapport aux bécanes pataudes de l’époque, mais pas encore trop radicale. Les bracelets, les commandes reculées ça arrive un peu plus tard, avec les café-racers à l’esprit plus rock’n roll. »

Mais de l’idée à la réalisation, il y a une distance, un plein marathon d’aller-retours dans l’atelier.

«  Longtemps, je suis passé et repassé devant la moto, en le regardant, la détaillant, jusqu’à visualiser mon projet. Je suis de la vieille école, je ne dessine ni n’utilise la CAO. Je préfère maquetter sur du concret, quitte à faire et refaire. »

Et puis Francis a commandé son cadre Featherbed chez Norton-Endover, et le projet était lancé : « Je voulais un cadre de Manx, un Wideline qui pour moi est le plus dans l’esprit de l’époque. En trois jours, il était livré, dans un beau carton, bien enveloppé. Un cadre de très bonne qualité, bien fini à quelques détails près. Mais c’est là que les difficultés ont commencé. Honnêtement, je pensais que ce serait plus simple. Il a fallu beaucoup de gamberge, d’ajustage. » Pour commencer, Francis a élargi le Featherbed, car le bas du moteur W s’est révélé très large. Francis a même du reformer quelques tubes pour que puissent passer, au millimètre, les excroissances du carter. Il a créé toutes les plaques moteur, bien sûr, en prenant soin de bien aligner la chaîne. Il a enfin raccourci le bras oscillant de la Kawa : « Le Featherbed est très long, et c’est pour cela que sur les Norton, on a toujours l’impression que la roue arrière est très rentrée dans le cadre. En raccourcissant le bras, je conserve la même longueur d’empattement, si bien que la moto garde un comportement très neutre. »

COLLABORATIONS

Pour compléter la partie cycle, Francis a conservé les trains avant et arrière de la W. Fourche, amortisseurs et freinage sont donc les éléments d’origine. Le tableau de bord et le phare aussi, mais Bihr a fourni les pattes, les clignotants et les silencieux. Les garde-boues viennent de chez Georges Martin. Le faisceau électrique est d’origine également, mais il a été repositionné sous la selle, qui se démonte en dévissant deux papillons. C’est propre et efficace. Puis Francis a créé les fonds de réservoir et de selle, et s’en est allé chez les artisans locaux. Le premier a été fabriqué par Atlantic Retzalisations selon les desiderata du préparateur, qui voulait un réservoir de Manx pour les short-circuit, très plat, il s’ajuste parfaitement au cadre avec juste « ce jour dans la partie arrière qui laisse deviner les tubes et donne de l’élégance à la moto. » La selle, elle aussi parfaite, est l’œuvre d’Alain Delavault, sellier attitré de Garnier Motorcycles : « Il est spécialisé dans les voitures de prestige. Quand on va chez lui, à Niort, il y a toujours es caisses sublimes dont il refait les intérieurs. » La peinture, sobre et élégante, relevée d’une étoile empruntée à BSA, est l’œuvre de Design Bike : « Un mec très talentueux à qui je confie mes peintures depuis 15 ans; Il est issu du tuning, donc il peut parfois faire des choix bizarres mais il peint vraiment très bien. »

Mi-avril, Francis avait rendez-vous avec le commanditaire pour lui livrer sa création et enfin le rencontrer : « Tout au long du projet j’ai été stressé de savoir s’il allait apprécier la moto. Mais quand je lui ai envoyé une photo, il m’a rassuré : « Cela va au-delà de mes espérances » m’a-t-il répondu. » Alors Francis peut désormais le reconnaître: «  J’ai pris du plaisir à la faire. Et je prends du plaisir à m’entendre dire qu’elle est belle. » D’autant que sur ce coup les gens sont sincères.

01.Les fixations très discrètes des pots d’échappement se prennent sur les commandes. Entre platines et entretoises, il y a du taf. 02. C’est plus qu’un chausse-pied qu’il faut pour enter le twin Kawa dans le Featherbed. Lequel twin reste standard. 03. Sous la selle parfaitement ajustée se cachent tous les composants électriques.

 

Le réservoir de Norton Manx est à l’image de la moto : tout en finesse et en élégance.