FREEWAY 316 : Figure du milieu et moto du mois !

FIGURE DU MILIEU

Venues de toute la région, les machines de toutes les époques sont soignées, entretenues ou reconstruites par Francis, l’homme aux doigts d’or.

Francis a  une vie faite de mille voyages et d’aventures dans le monde…de la moto. S’il est revenu depuis 15 ans dans son Poitou d’origine, c’est après bien des contours et détours sur la planète. L’histoire commence il y a un peu plus de 50 ans. Il suit l’école tant bien que mal et devient apprenti mécanicien moto à 14 ans, dans une concession Honda. Son CAP en poche, il s’engage dans la vie professionnelle :  » Parallèlement à mon métier, je pratiquais beaucoup l’enduro en ligue principalement. J’entends parler du rallye d’Algérie organisé par Jean-Claude Bertrand et je m’engage. Avec une Suz DR toute neuve qu’on me prête, ça a été le choc ! J’ai tout fait pour me faire engager sur des véhicules de rallye dans des équipes. Je travaille alors comme mécanicien dans le petit team de Jean-Claude Briavoine. C’était un peu l’aventure avec ses buggys ou les Lada plus tard. De fil en aiguille, j’ai été engagé avec le team sur le Dakar en 93/94. Un peu en même temps, grâce à Jean-Claude Bonnet dit Snoopy, je rencontre Yves Kerlo et je travaille pour sa structure en GP. Bon,  je montais des pneus, c’était pas le Pérou mais j’ai fait deux saisons. Je me revois encore à Eastern Creek lors du premier GP de ma vie. C’était hallucinant ». Après ce premier contact avec l’excellence, Francis se lance un autre défi. Il raconte : « A la suite des GP, avec David Castera, j’ai préparé et construit la 650 GS qui lui a permis de faire 1er proto et 11ème au scratch sur le Dakar 95/96. Didier Langoët, avec qui j’avais de bonnes relations sur les circuits, me conseille de rejoindre l’équipe d’Eskil Suter qui roulait sur des ROC construites par Serge Rosset, avec un moteur suisse. Je n’ai pas hésité. La mise au point, c’était le rêve. Le bloc était un gros V4 2 temps conçu par Urs Wenger (NdR : le motoriste fondateur de Swissauto).

Techniquement j’ai grandi d’un coup ! C’est sans doute ce qui m’a permis de rejoindre ensuite Hervé Poncharal et Guy Coulon chez Tech 3. Trois années de bonheur. Je me suis occupé de Mathieu Lagrive, William Coste, Julien Allemand et la dernière année je m’occupais de Shinya Nakano. L’ambiance était très sympa mais j’en avais assez d’être sans cesse en voyage, jamais chez moi, la quarantaine approchait, il fallait que je fasse des choix ». Le choix de rentrer en Poitou, à trente minutes de La Rochelle, pas loin de Ré ou d’Oléron, au vent du large. Francis va donc après quelques mois de réflexion se lancer dans une branche qui, à priori, ne lui ressemblait guère. Il explique : « En fait, pas très loin de chez moi, il y avait un ancien qui faisait des Harley-Davidson sans être concessionnaire officiel. Un gris comme on dit. Je lui donnais des coups de main. Les H-D et la moto-culture j’y connaissais pas grand chose. Mais j’ai vite appris à ses côtés. Le gars voulait partir à la retraite et il me propose de me recommander auprès de sa clientèle. Je me suis installé comme artisan mécanicien. C’était il y a quinze ans. » 

Le ton sur lequel Francis dit ces derniers mots voile à peine une sorte de lassitude. Dont il convient d’ailleurs : » En fait, je travaille sur ces motos qui ne correspondent pas forcément à mon état d’esprit, voire à ma formation en compétition. Certes j’en ai tant et tant remonté des Shovel, Pan et autres Evo, qu’ils ne m’étonnent plus comme au début. Mais ce sont des motos que les propriétaires transforment, améliorent, modifient. Donc il y a un boulot intéressant à faire dessus ». Francis nous dit : « Moi, j’aime les motos fines et légères, les moteurs qui envoient et les parties cycles qui sont en rapport. Ma Buell S1, la seule moto neuve que j’ai achetée , est préparée, un peu. Côté Harley, j’ai un FXRs monté à ma sauce et j’ai fait un chopper, pour me marrer et faire comme tout le monde (rires). En fait, je me suis construit ces motos en fonction de choix particuliers de moteurs. Ceux qui poussent… » Une promesse de bonheur pour vous si vous lui confiez une machine…

DALIDA : MOTO DU MOIS !

Il y a tout de même un grand plaisir à contempler une moto hors série. Une meule construite de toutes pièces à la main ou presque. Bon d’accord, la base mécanique a son importance, surtout ici chez nous où il vaut mieux avoir un cœur en V à 45° pour nous faire vibrer. Au-delà, l’écrin qui se construit autour fait pour beaucoup dans la réalisation d’un chop à tendance dragster. C’est Francis, son papa qui nous explique :  » Après mon FXR (NdR : paru dans Freeway n°190), je voulais construire un chop old style au look de drag. La base je n’en avais pas, mais en 15 ans de boutique tu stockes, tu chines, tu amasses, et tu rêves… » La bonne idée…rêver. Francis ajoute en plus en commentaire : « Quand tu passes autant de temps sur des moteurs et des motos américaines, le côté chopper ne peut pas te laisser indifférent. J’ai fait un peu comme tout le monde en me construisant mon chop’. Mais je l’ai fait avec l’esprit que je revendique. De la performance et de l’esthétique simple. 

En revanche, rien ne m’interdisait de me lâcher un peu, sur les couleurs, le style…Au final, sa longueur, sa finesse et ses paillettes m’ont fait penser à cette chanteuse des années 70/80 ; Dalida ! Alors quand on me demande si cette moto -très perso- a un nom, je dis ça ». Il est vrai qu’au rayon paillettes, cette moto ne manque de rien. Un paradoxe presque, venant de le part d’un garçon aussi sobre et toujours en recherche d’efficacité pure, que Francis. Ce qui prouve au passage que la face cachée des préparateurs peut surprendre. Le gris et vert métalflake ont été appliqués par Design Bike 79, un atelier qu’il apprécie beaucoup. Côté mécanique, il a donc mis au point un 1340 Shovel de 74 en s’occupant un peu de ses organes internes (pistons, bielles, carters, culasses et autres détails qu’on ne voit pas). De bonnes pièces, un montage impeccable…le cœur est prêt. Les travaux étant pensés pour améliorer le rendement du bouzin plein de charmes certes, mais pas très véloce…

Ensuite, il a fallu construire un cadre. Une tâche que le sorcier du Poitou maîtrise assez bien. Ce double berceau qu’il a soudé possède une courbe élégante dans sa partie avant et n’a pas de déformation à « se faire monter le col ». Il intègre certaines pièces de fonderie HD. L’angle de direction est assez ouvert, le train avant de FX. est monté sur des vieux tés larges de chez Seel. Les jantes rayonnées très classiques sont en 21 et 16 pouces de diamètre. Comme il se doit quand on veut une ligne au plus près du sol, Francis précise :« …le reste est réalisé par mes soins, la selle et son support carrossé, le bac à huile, le guidon, les échappements et le rigidificateur de fourche. Au niveau freinage, j’ai bossé sur un système intégral, via un maître cylindre de Road King,  ça fonctionne assez bien… » On aime à le croire et à généraliser le propos devant ce résultat : une moto simple, élégante, avec un max de pièces Harley-Davidson d’époque, belle à regarder, agréable à rouler, une moto de mécano, construite sans prétention juste pour la beauté du geste.